samedi 4 février 2012

Lettre ouverte d'Eva Joly au Président de la FNSEA...

Monsieur le Président,
J’ai lu avec intérêt votre lettre ouverte « espérance et progrès » appelant les candidats à donner de l’importance au sujet agricole et à concilier compétitivité et humanité.
Je pense, comme vous, que l’agriculture doit prendre toute sa place dans cette campagne, et je ne peux que souscrire à l’idée « d’avoir un nouveau contrat entre agriculture et société, agriculteurs et citoyens ». C’est d’ailleurs ce que je proposerai aux citoyens, dès vendredi 3 février, lors d’un grand rassemblement d’Europe Écologie – Les Verts sur l’agriculture à Caen, où je dévoilerai mes orientations pour ce secteur.

Monsieur le Président, j’apprécie les démarches comme la vôtre, celles qui visent à interpeller la société sur les enjeux qu’elle doit affronter. Je vais y répondre avec sincérité. Mais la même sincérité m’amène à vous dire que j’y répondrai en n’oubliant pas ce que l’organisation que vous présidez n’est pas neutre dans le débat que vous initiez. Elle crie actuellement sur tous les toits qu’il faut « relâcher la pression sur les mesures environnementales ». Elle incarne une certaine vision du monde agricole, une agriculture intensive dont nous voyons aujourd’hui les limites. Je n’ai aucune raison de ne pas croire en l’honnêteté de votre interpellation alors je vais assumer les désaccords que nous pouvons avoir.
Je pense que le modèle agricole actuel ne peut plus durer. Ce modèle, mis en place après la seconde guerre mondiale, a rempli puis dépassé les objectifs qui lui étaient assignés : augmenter la production pour assurer la souveraineté alimentaire. Pour cela la France et l’Europe ont construit progressivement un solide arsenal d’outils qui se sont mutuellement consolidés avec le temps : mécanisation, sélections variétale et animale, agrandissement des exploitations, spécialisation des cultures et des territoires, utilisation d’intrants chimiques…
Ce modèle que vous défendez a eu et a encore un coût social et un coût environnemental qui ne cessent de croître : effondrement du nombre d’agriculteurs et du nombre de fermes, désertification des campagnes, effondrement de la biodiversité, pollution des eaux, marées vertes, érosion, inondations, atteintes à la santé des agriculteurs, suicides élevés en milieu agricole, artificialisation des sols, invasion des marchés du Sud avec nos produits subventionnés…
Aujourd’hui, sous le prétexte de nourrir le monde, nos exportations de céréales ou de « bas » morceaux des volailles, empêchent certains pays de développer leur agriculture. A l’inverse, nos importations de soja ou de bœuf font de certains pays émergents des porte-avions commerciaux vers l’Europe. Ils servent des intérêts qui ne sont pas ceux de leurs paysans, pas plus que ceux des paysans de nos territoires d’élevage, mais ceux de puissantes multinationales. Le système se boucle aujourd’hui par l’achat massif de terres arables par des pays comme la Chine et des multinationales qui se prêtent au jeu. Les terres sont là, elles sont exploitées mais elles ne profitent jamais à ceux qui vivent sur ces territoires.
Mais ce n’est pas seulement l’environnement ou la souveraineté alimentaire de nombreux pays que le modèle que vous défendez a ruiné. C’est aussi l’image des agriculteurs et leur santé. Les agriculteurs méritent mieux que de se défendre d’être des pollueurs qu’il faut faire payer. Ils méritent mieux que d’angoisser en se demandant si les pesticides qu’ils utilisent ne sont pas en train de les rendre malades.
Le projet que je propose vise à sortir de cette impasse, à redonner sens au métier d’agriculteurs. Il s’agit toujours de produire, bien sûr, mais en accord avec la nature et avec les hommes. La mal-bouffe doit être une période révolue : je crois en l’amour des agriculteurs pour leur terre et leur s produits . Il faut installer des agriculteurs jeunes et moins jeunes qui ont un projet en accord avec la société, au lieu de poursuivre la logique d’agrandissement actuelle. Il faut aider l’ensemble des agriculteurs à vivre la transition nécessaire et progressive vers l’agro-écologie. Certains sont déjà prêts, d’autres beaucoup moins. Il faut respecter les rythmes de chacun mais… sans faire du sur-place.
Comme vous, M. Beulin, j’aspire à une société de confiance et d’espérance. Mais le progrès auquel je crois, et auquel de plus en plus de Français croient aussi, c’est celui de la transition écologique vers des modes de production et de consommation en harmonie avec le vivant, c’est-à-dire avec l’humain et la nature.
Les écologistes – loin d’être des empêcheurs de cultiver en rond – peuvent apporter les idées qui sauveront l’agriculture.
Eva Joly

vendredi 9 décembre 2011


La France résonne de tous les accents du monde par evajoly


C'est grâce à vous qu'Eva Joly est en campagne pour porter notre message et nos propositions. Après la Réunion et Mayotte (voir le récit des déplacements), Eva Joly était en Auvergne aux côtés d'Allain Bougrain Dubourg pour insister sur la protection des oiseaux. Ne manquez pas la vidéo qui retrace la visite et la découverte des milans royaux et n'hésitez pas à la diffuser largement ! Mais la semaine a aussi été rythmée par les négociations à Durban. En début de semaine, Eva Joly a publié une tribune pour dénoncer l'indiférence qui entourait ces négociations sur le climat. Retrouvez cette tribune ici.


Hier, c'est par communiqué qu'elle a réaffirmé l'importance de l'unité européenne pour avancer dans ces négociations. Hier encore, elle participait au rassemblement au Sénat en soutien à la proposition de loi Mamère - Benbassa en faveur du vote des étrangers, finalement adoptée avec une courte majorité. Récit dans le JDD : Le droit de vote n'est pas lié à la nationalité. Egalement, retrouvez l'entretien d'Eva Joly dans 20 minutes qui revient sur l'action de Greenpeace du début de la semaine, sur sa campagne ou sa vision de la France. Enfin, il ne reste plus que 20 jours pour s'inscrire sur les listes électorales et participer aux élections présidentielle et législatives en 2012. Selon les villes, vous pouvez vous inscrire en ligne, toutes les informations ici : http://evajoly2012.fr/inscription-listes-electorales


C'est près de 10% du corps électoral qui n'est pas inscrit : faites passer le message! Vous trouverez ici un tract d'incitation à l'inscription : http://evajoly2012.fr/files/2011/11/tract-inscription-ok.pdf


Soutenez la camagne, faites un don ou faites suivre cette lettre d'information à 5 personnes via notre formulaire de recommandation !

vendredi 2 décembre 2011

Eva muscle son équipe de campagne

Eva Joly, Dominique Voynet et José Bové, hier à Paris./Photo AFP

Eva Joly muscle son équipe de campagne avec comme invité-surprise l'ancien patron du Samu social, Xavier Emmanuelli. La candidate a présenté hier son staff dont la composition reflète sa volonté de refaire l'unité des écologistes en faisant de la place à des figures comme José Bové et Noël Mamère [...]

«C'est une nouvelle étape de ma campagne, toute la famille est là.»
Yannick Jadot, présent au sein du Conseil stratégique, rejoint Cécile Duflot et Noël Mamère qui animeront ce dernier. L'équipe est, pour le reste, très fournie, avec un jeune directeur de campagne, Stéphane Sitbon-Gomez, flanqué d'une «direction de la communication, de la stratégie et du porte-parolat» confiée à Serge Coronado. Les députés européens José Bové et Michèle Rivasi, spécialiste du nucléaire, fondatrice du laboratoire indépendant Criirad, sont porte-parole, de même que Dominique Voynet, candidate malheureuse des écologistes en 2007. Philippe Meirieu est chargé du projet présidentiel et l'ancien banquier Robert Lion préparera les propositions de la première année de mandature de Joly.

dimanche 27 novembre 2011

jeudi 3 novembre 2011

Tribune d’Eva Joly, candidate à la présidentielle, dans Libération, édition du 31 octobre 2011



Dans les semaines qui ont suivi le 11 mars, nous avons tous été ébranlés par la catastrophe de Fukushima, par l’incapacité des Japonais à contenir l’accident et l’inaction des autorités. Depuis, ce nom a cessé de faire la une de l’actualité. Pourtant, ce désastre qui dispute à Tchernobyl le triste privilège d’être la pire catastrophe nucléaire de l’histoire est loin d’être terminé. L’une des principales régions agricoles du Japon est profondément contaminée. En fait, c’est toute la société japonaise qui est victime d’un poison invisible. C’est pour mieux comprendre la situation que j’ai souhaité me rendre sur place [du 19 au 23 octobre, ndlr]. J’en reviens plus convaincue que jamais : le risque nucléaire est inacceptable.

Depuis le 11 mars, la population japonaise s’inquiète chaque jour pour sa santé et surtout pour celle de ses enfants. Les autorités ont rehaussé les normes de contamination acceptables pour les aliments, entraînant une suspicion généralisée : elles sont quinze fois supérieures à celles tolérées en Ukraine après Tchernobyl ! A Tokyo, je suis allée dans un supermarché avec des parents qui m’ont montré le parcours du combattant pour protéger leurs enfants : en l’absence d’informations claires et fiables, ils passent des heures à vérifier l’origine de chaque aliment.

La situation est pire à proximité de la centrale de Fukushima Daichi où je me suis rendue. Les autorités font tout pour minimiser, voire normaliser la situation. Les habitants s’y sentent abandonnés. J’ai rencontré plusieurs associations citoyennes qui essayent de faire la lumière sur la contamination de la région. Grâce à eux, on sait que plus d’un million d’habitants sont exposés à des doses cinq fois supérieures aux normes internationales. Là aussi, les autorités ont rehaussé les normes acceptables – y compris pour les enfants – au niveau de celles jusque-là réservées aux travailleurs du nucléaire ! Mais a-t-on la moindre idée de ce que de telles doses font à l’organisme d’un bébé, d’un enfant en pleine croissance, d’un adolescent ou d’une femme enceinte ?
La contamination est partout, mais reste invisible. Le vrai drame, nous le verrons dans quinze ans, quand il sera trop tard. Certains estiment qu’il faudrait évacuer tous les habitants la région. Mais où iraient ces réfugiés nucléaires et pour faire quoi ? Une fois la catastrophe intervenue, il n’y a plus que de mauvaises réponses. Le piège du nucléaire s’est refermé sur les habitants de Fukushima : ils n’ont nulle part ou aller et ne savent que trop ce que rester signifie. Je n’oublierai jamais le regard de ces mères qui ont envoyé leurs enfants au loin pour les protéger ou la détresse de celles qui n’ont pu le faire.

Nous le savons, les autorités japonaises ont tardé à diffuser des informations essentielles. Elles rechignent encore à étiqueter clairement les aliments. Elles refusent le principe d’un droit à s’éloigner des zones irradiées, synonyme d’indemnisation. Mais les principales responsabilités se situent en amont. Car j’ai compris une chose au cours de ce voyage : de Three Miles Island à Tchernobyl et Fukushima, peu importe la nature du régime, le niveau technologique, le caractère public ou privé de l’industrie atomique : l’opacité et les mensonges sont la règle. Au Japon comme en France, le lancement du programme électronucléaire a eu lieu en dehors de tout débat démocratique. Au Japon comme en France, le nucléaire est devenu une quasi-religion dont les grands prêtres sont les technocrates du «village nucléaire». Au Japon comme en France, personne ne pensait qu’un accident comparable à celui qui a eu lieu dans une Union Soviétique à bout de souffle pouvait se produire.

Prendre la décision de sortir du nucléaire, c’est réduire les risques qu’une pareille tragédie nous frappe un jour. Ce n’est pas une position de principe, mais un impératif et nous pouvons décider ensemble et dès demain d’éloigner définitivement ce péril. Nous pouvons le faire non pas dans l’urgence comme les Japonais, qui ont dû arrêter 43 de leurs 54 centrales en quelques semaines, mais dans la concertation. Nous pouvons le faire non pas dans le chaos énergétique, mais en prenant le temps de réduire la consommation d’énergie et de développer les filières des énergies renouvelables.

J’invite les autres candidats à la présidentielle à faire le voyage de Fukushima, je suis prête à les accompagner pour leur présenter celles et ceux qui sont devenus les cobayes de l’abomination nucléaire. Après Fukushima, plus personne ne peut défendre avec légèreté la poursuite du risque nucléaire, où que ce soit dans le monde.